Une équipe internationale dirigée par le professeur Marc-Emmanuel Dumas, Directeur de Recherche à l’UMR8199/U1283 – Multi-omique et physiopathologie des maladies métaboliques (CNRS, Inserm, Institut Pasteur de Lille, CHU de Lille, Université de Lille) et leader du WP4.1 « impact de la nutrition et de l’environnement sur les maladies métaboliques », vient de publier dans Nature Communications une étude qui pourrait transformer la prévention des maladies cardiovasculaires. Les travaux montrent que des molécules produites par le microbiote intestinal peuvent révéler un risque futur de maladie cardiovasculaire plusieurs années avant l’apparition des premiers symptômes.
Cette publication constitue également l’un des premiers faits marquants du nouvel International Research Laboratory (IRL) « Antoine Lavoisier » sur le métabolisme multi-échelle, lancé conjointement par le CNRS et Imperial College London. Codirigé par Marc-Emmanuel Dumas, ce laboratoire a pour ambition d’accélérer les découvertes sur les mécanismes métaboliques impliqués dans le diabète, les maladies cardiovasculaires, les cancers et les maladies neurodégénératives
L’étude a analysé les données biologiques de plus de 8 000 adultes dans le cadre du consortium européen METACARDIS et de l’Étude Longitudinale Canadienne sur le Vieillissement. Les chercheurs ont cherché à comprendre comment les bactéries intestinales interagissent avec les fonctions métaboliques, rénales et cardiovasculaires.
Les résultats mettent en évidence l’existence d’un véritable axe microbiote-rein-cœur. Les scientifiques se sont concentrés sur des métabolites issus de la dégradation de deux acides aminés, la phénylalanine et la tyrosine, par les bactéries intestinales. En combinant ces signaux biologiques, ils ont développé un score métabolomique capable de prédire la survenue d’événements cardiovasculaires, tels que les infarctus du myocarde ou les accidents vasculaires cérébraux, au moins trois ans avant leur apparition clinique.
Pour l’UMR8199, fortement engagée dans la compréhension des mécanismes moléculaires à l’origine des maladies métaboliques, cette découverte illustre le potentiel de la médecine de précision appliquée au microbiote. Selon le professeur Marc‑Emmanuel Dumas, les chercheurs ont identifié une « hotline biologique cachée » reliant l’intestin, le rein et le cœur, capable de signaler précocement un risque cardiovasculaire.
Autre résultat marquant : les signatures microbiennes protectrices étaient plus fortes chez les individus métaboliquement sains, puis s’atténuaient avec le surpoids ou les premiers signes de dysfonction métabolique. Les analyses génétiques suggèrent également une relation bidirectionnelle entre les métabolites microbiens et la fonction rénale.
Au-delà de la découverte fondamentale, les travaux ouvrent la voie au développement de futurs tests sanguins ou urinaires permettant d’identifier précocement les personnes à risque. Pour les équipes de l’UMR8199 à Lille, ces résultats renforcent l’idée que le microbiote intestinal pourrait devenir une cible majeure pour prévenir les maladies cardiométaboliques, un défi de santé publique en constante progression à l’échelle mondiale.
