
Pr Régis Bordet
Président de l’Université de Lille
Je me souviens très bien du moment où nous avions sélectionné le projet PreciDIAB pour candidater à un nouvel appel d’offre IHU. C’était il y a dix ans. Trois projets étaient en compétition, au début du processus, dont un que je portais. Mais, après analyse des trois lettres d’intention, j’ai décidé de retirer mon projet, considérant, au vu des critères, que le projet PreciDIAB avait le plus de chance de l’emporter. Je n’ai jamais regretté ce choix, car le montage du projet a permis une réelle réflexion sur la dimension translationnelle du projet, dans la perspective d’un rapprochement entre approche fondamentale et filière clinique, qui restait à construire, dans ce domaine, à l’époque.
La préparation de l’audition fût un très bon moment car nous étions toutes et tous mobilisés et mobilisées vers un objectif : décrocher le label d’IHU. Porteur du projet et institutions étaient unis, car c’étaient les couleurs du site lillois que nous défendions. Bien sûr, le résultat nous a fait osciller entre déception et satisfaction d’avoir, néanmoins, eu une reconnaissance de l’engagement des équipes lilloises dans le développement d’une médecine de précision dédiée au diabète, eu égard aux données épidémiologiques de la Région. Les collectivités territoriales sont venues à l’appui du projet permettant de compenser ce que l’Etat ne nous avait pas accordé. Il y eu encore quelques vicissitudes pour mettre en œuvre le projet et c’est comme directeur de la fondation, qui portait l’Initiative d’Excellence lilloise, que j’ai eu à faire converger des visions différentes entre l’équipe scientifique et les institutions. Là encore, je ne regrette pas d’avoir fait en sorte que le projet se déploie.
Car, bien évidemment, les aventures humaines ne sont jamais un long fleuve tranquille. Des tensions, parfois des conflits, se font jour. Mais, être responsable, c’est les dépasser, car, singulièrement dans le domaine de la santé, il y a un intérêt supérieur qui dépasse nos pauvres vies individuelles, celui des patients. Le plus important était que le projet PreciDIAB puisse contribuer à améliorer la prise en charge des patients diabétiques. Et, à l’arrivée, c’est bien le cas ! On pourra toujours dire que nous ne sommes pas allés assez loin, qu’il aurait fallu dix ans plutôt que cinq !
Mais, aujourd’hui, la filière au CHU propose une vision intégrée de la prise en charge du diabète et de ses conséquences. Les cohortes qui vont pouvoir continuer à être analysées vont permettre d’approfondir cette filière intégrée. La génomique est passée d’une dimension fondamentale à un quotidien clinique, favorisant une meilleure typologie des patients. Le travail collaboratif couplé aux partenariats avec des plateformes nationales, noués par le CHU, va nous permettre de renforcer notre dispositif de séquençage. Le projet a permis d’identifier les populations les plus vulnérables. Dans un monde où les inégalités sociales, en particulier vis-à-vis de la maladie, se font de plus en plus criantes, l’étude PrevenDIAB faite chez les personnes en situation de précarité restera exemplaire d’une médecine qui, au-delà de ses aspects techniques, sait conserver sa dimension humaine, celle qui sait prendre soin de l’Autre.
Non, comme le dit la chanson d’Edith Piaf, nous ne regrettons rien ! Le choix fait en 2016 fût le bon. Maintenant, c’est une nouvelle page qui s’ouvre, dans un contexte où la stratégie de site s’appuie sur des instituts fédératifs interdisciplinaires et où, nationalement, les PEPR permettent de donner une dimension nationale à des sujets stratégiques en santé. Ce qui a été fait, dans le cadre du projet PreciDIAB, a posé des bases pour poursuivre des projets ambitieux, car, malheureusement, même si des progrès thérapeutiques sont indéniables, il reste un long chemin pour prévenir ou guérir le diabète.
Pr Régis Bordet
Président de l’Université de Lille

