Hélène Gorge partage avec nous son parcours, son expertise en sciences de gestion au sein de la Faculté Ingénierie et Management de la Santé et met en lumière l’importance d’associer les sciences humaines et sociales dans de grands projets de recherche, notamment pour la prévention santé.
Dr Hélène Gorge
Maître de conférences en sciences de gestion à l’UFR3S (ILIS) Vice-doyen RH, UFR3S Co-responsable du parcours de master Healthcare Business-Recherche Clinique, ILIS Responsable de l’axe de recherche Consommation, Culture et Marchés au sein du LUMEN (ULR 4999)
Pourriez-vous nous présenter votre parcours et ce qui vous a amené aux Sciences Humaines et Sociales, et plus particulièrement à vous intéresser à ce que l'on appelle le marketing social ?
Après un diplôme à l’Institut d’Études Politiques qui m’a amené une formation très pluridisciplinaire, je souhaitais conserver cette dimension dans ma carrière professionnelle. Je connaissais peu le monde de la recherche à l’époque, que j’ai découvert un peu par hasard en travaillant comme assistante de recherche dans un laboratoire en sciences de gestion, ce qui m’a amenée ensuite vers la thèse. Ce qui m’a toujours motivée dans la recherche c’est de me saisir de problématiques sociétales avec un angle très sociologique, voire socio-historique. Les SHS n’apportent pas de réponses simples, mais apportent de la nuance, permettre de décrypter les ambivalences dans des phénomènes tels que la pauvreté. Elles permettent aussi de combiner un grand nombre de méthodologies, pour ma part je travaille essentiellement sur des méthodologies qualitatives, telles que des entretiens semi-directifs, des techniques projectives ou de l’observation.
La plupart de mes travaux se situent dans ce que l’on peut appeler le marketing social, mais je préfère l’appellation de marketing transformatif qui implique une dimension plus critique. Ces courants ont vocation à encourager les travaux qui questionnent le bien-être de l’individu-consommateur, luttent contre les politiques – notamment en marketing – qui incitent à une surconsommation ou par exemple à des comportements néfastes pour la santé.
Vos travaux se focalisent sur les dynamiques de marché et de consommation dans des contextes de vulnérabilité. Pourriez-vous nous expliquer en quoi cela consiste, pourquoi c'est important et comment vous menez vos études ?
Une grande partie de mon travail de recherche consiste à mieux comprendre le concept de vulnérabilité en consommation et d’appréhender les mécanismes qui conduisent vers des formes de vulnérabilité. Ces dernières peuvent être très hétérogènes mais aussi inter-sectionnelles, c’est-à-dire que certains types de vulnérabilité se superposent. Par exemple, je travaille sur la vulnérabilité face au changement climatique, mais aussi sur la vulnérabilité dans le rapport aux soins des individus. Je mobilise principalement des approches qualitatives dans ces études, mais il est parfois difficile de recourir uniquement au discursif, par exemple avec des personnes dans certaines formes de précarité. C’est la raison pour laquelle des techniques projectives sont alors utiles pour débloquer la parole par exemple, ou passer par d’autres modes de transmission des expériences vécues. Au cœur de toutes ces méthodes, je cherche toujours à savoir ce que vivent les individus dans ces situations de vulnérabilité, de manière très exploratoire.
Au sein de PreciDIAB, vous avez participé avec votre doctorante à l'étude clinique PrevenDIAB dont l'objectif était la prévention du diabète chez les personnes en situation de précarité. Quelles ont été vos missions et les apports de vos recherches pour le projet ?
L’objectif du travail de Lynn au sein de PrevenDIAB était justement de comprendre les expériences de patients en situation de précarité, participant au programme de prévention de l’Institut Pasteur de Lille. Je vois un double intérêt à intégrer ce type d’étude dans un projet comme PrevenDIAB : pour nous, il a permis de comprendre ces expériences dans un contexte plus général de rapport au soin et aux institutions de prévention et de bénéficier aussi de connaissances cliniques supplémentaires. Pour l’étude PrevenDIAB, cela permettait d’avoir une connaissance plus fine des questionnements, du vécu, des arbitrages mis en place par ces participants. Le projet de thèse et le volet SHS donc, ont été discuté avec toute l’équipe du projet en amont de la mise en place de l’étude clinique mais aussi pendant tout son cours. Les résultats du travail de Lynn montrent plusieurs éléments : il existe des tensions normatives dans les expériences des patients qui se confrontent à une certaine rationalité médicale dans leurs interactions avec les organisations et les professionnels de santé. Les patients mettent alors en place un ensemble de ressources et de pratiques pour gérer ces normes et construire une forme de confiance envers le système de soins qui a pu parfois les décevoir ou les éloigner du système de santé.
Le souhait est de poursuivre PrevenDIAB pour suivre les personnes ayant participées à l'étude. Que souhaiteriez-vous développer dans cette seconde phase du projet ?
Nous pourrions poursuivre la recherche engagée avec la thèse de Lynn en travaillant davantage sur la notion d’espace de confiance qu’elle a élaborée dans son travail. Elle conçoit l’espace de confiance comme une nécessité pour des personnes qui sont souvent méfiantes des institutions, comme je l’ai indiqué précédemment. Cela rejoint une littérature émergente sur le sujet, qui évoque la notion de réseaux thérapeutiques ou d’espaces thérapeutiques comme essentiels dans la relation aux soins de personnes en situation de vulnérabilité. Nous pourrions travailler davantage sur cet aspect, en réalisant des observations et des entretiens de groupe avec des personnes en situation de précarité et en comprenant quels seraient les leviers pour faire d’organisations comme l’Institut Pasteur de Lille ces espaces thérapeutiques.
De plus en plus de projets de recherche clinique intègrent la dimension des Sciences Humaines et Sociales dès leur conception. Quels impacts cette évolution aura-t-elle sur la conduite de ces études et sur les résultats qu’elles produiront ?
La mobilisation des SHS dans des projets de recherche clinique me semble être un processus très pertinent et je le constate à travers la collaboration très fructueuse que nous avons menée dans le cadre de PreciDIAB. Au-delà de sa pertinence, elle me semble aussi nécessaire dans de nombreux projets, puisque la santé ne se réduit pas à des traitements ou une compréhension biologique, mais englobe un certain nombre de mécanismes économiques, sociaux et culturels qu’il est primordial de mieux saisir. C’est l’approche que je mène dans le cadre du parcours de master Healthcare Business-Recherche Clinique à ILIS (UFR3S) qui forme les étudiants à la fois aux sciences pour la santé (chimie, biologie, anatomie, etc.) mais aussi à des sciences humaines et sociales. C’est aussi la voie que prend l’Université de Lille par la construction de certains CDP (Cross-Disciplinary Projects) et des IFI (Instituts Fédératifs Interdisciplinaires).
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Médecin nutritionniste, spécialiste en endocrinologie et maladies métaboliques, et responsable du Service Nutrition & Activité Physique de l’Institut Pasteur de Lille (IPL).
Professeur des universités – Practicien hospitalier dans le service de médecine aiguë gériatrique, spécialiste du parcours de soins, des interactions médicamenteuses et l’intelligence artificielle.
Journaliste médico-scientifique et rédacteur du blog "Le diabète dans tous ses états".
Professeur de pharmacologie médicale Directeur du Centre d’Investigation Clinique (CIC 1403 Inserm-CHU de Lille) et de l’Unité d’Essais Cliniques dédiée aux diabètes.
Gaëlle Chabas et Isabelle Tétar, directrices des associations APESAL et PrevSantéMEL
Chirurgien et Professeur au CHU de Lille et à l’Université de Lille, Responsable de la plateforme DiabInnov
Directrice de Recherche à l’Inserm, Responsable scientifique des programmes de médecine génomique des diabètes du Centre, responsable de l’EquipEx LIGAN-PM et cheffe d’équipe au sein de l’UMR 1283/8199
Pédiatre à l’Hôpital Saint Vincent de Paul et chercheuse attachée à l’UMR 1283/8199
Prof. Inga Prokopenko, PhD, directrice du département Statistique Multi-Omics de l’Université de Surrey, chercheuse associée à l’Université de Lille, et responsable du projet « études des liens entre diabètes et risques de cancers » au sein du Centre National PreciDIAB.
Professeur de biochimie à la Faculté de Pharmacie et chercheure au sein de l’UMR 1011 Récepteurs Nucléaires, Maladies Cardiovasculaires et Diabète, Anne est également investie dans différents parcours d’enseignement au sein de l’Université.
Maître de conférences et chercheur à l’Université de Lille au sein de l’Unité de Recherche Pluridisciplinaire Sport, Santé, Société – URePSSS
Benoit Deprez, Professeur en pharmacie et Directeur de l'U1177 à l'Institut Pasteur de Lille
Service d’Endocrinologie Diabétologie, Métabolismes Nutrition du CHU de Lille.
Chargé de Recherche au CNRS, leader du WP4.1 dans PreciDIAB
PU-PH en Médecine interne et vice-doyen Santé numérique et Communication de l’UFR3S
Responsable du Centre de Recherche en Prévention à l’Institut Pasteur de Lille
Physiologie & Explorations Fonctionnelles Cardiovasculaires CHU Lille, Inserm U1011
Pr Anita Morandi, pédiatre et Professeur de pédiatrie à l’Hôpital-Universitaire et à l’Université de Vérone (Italie)
Ingénieur de Recherche en Bio-informatique, responsable de la plateforme bio-informatique de l’UMR 1283/8199
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